Interview de Patrice Chéreau en 2011 par Marion Valière Loudiyi

Alors qu’un colloque international et plusieurs manifestations sont organisées jusqu’au 7 décembre 2016 à Paris sur « Patrice Chéreau en son temps », voici des extraits de l’interview que j’avais faite de lui en 2011 pour Centre Presse/La Nouvelle République, lors de son passage au Tap de Poitiers. Photo : Patrick Lavaud.

 

Patrice Chéreau, homme de théâtre et de cinéma, était hier soir au Tap Cinéma. Nous l’avons rencontré pour évoquer la pièce qui sera jouée à Poitiers en mai, mais aussi parler politique.

 

Vous êtes invité pour parler de votre travail. C’est un exercice que vous pratiquez souvent ?

Pas vraiment. Je crains, plus que tout, le fait de me répéter. J’ai été sollicité pas mal ces trois dernières années. C’est le privilège de l’âge. Mais j’aimais mieux quand on me posait moins de questions (il rit).

Vous jonglez entre théâtre, cinéma et opéra. À quels moments décidez-vous de passer de l’un à l’autre ? Quand l’un ou l’autre vous manque?

Rien ne me manque. Là, je sors de beaucoup de théâtre, mais je n’en avais pas fait depuis 7 ans. Pour l’instant, j’ai plutôt envie de ne rien faire. Sûrement, un jour, j’aurais envie de faire un film. Mais pour ça, il faut trouver le sujet. L’occasion se fait quand on a une vague idée d’une chose sur laquelle on a envie de travailler. Ça peut être une pièce qu’on lit, comme «Rêve d’automne», un acteur qui vous dit qu’il a envie de faire du théâtre, c’est le cas de Romain Duris, là (NDLR : Il prépare une pièce avec cet acteur qui sera accueilli à Poitiers l’an prochain).

En mai, votre pièce «Rêve d’automne», de Jon Fosse, sera jouée au Théâtre & Auditorium de Poitiers, avec Valeria Bruni-Tedeschi, Pascal Greggory, Bulle Ogier…

Le projet est né de la combinaison de deux choses. J’ai lu le texte par hasard. Puis, le Louvre m’a proposé d’être son invité en novembre 2010. Je me suis dit que j’allais faire du théâtre dans les salles du musée. Puis on a décidé de reproduire cette salle pour jouer dans les théâtre. C’est une pièce qui se passe dans un cimetière, qui n’est pas un bon décor de théâtre. Ça fait toujours ridicule. Autant c’est beau, notamment en automne, autant ça ne peut pas être reproduit. J’ai imaginé l’équation : musée = cimetière.

C’est d’ailleurs bien vous qui avez dit que les musées étaient des cimetières pour les œuvres d’art.

Ça dépend des directeurs (il rit). Les théâtres aussi. Tout peut être un cimetière, si on ne fait pas attention.

Créé dans un musée ouvre-t-il l’imaginaire ?

Non, seulement si un théâtre m’avait demandé de créer une pièce, j’aurais dit non. C’est parce qu’il s’agit d’un musée que j’ai dit oui. Je suis tordu. L’envie est venue du lieu, insolite. On est très nombreux à vouloir des lieux réels, plus que d’un plateau. Je suis mal sur un plateau de théâtre. Donc, là, on essaie de tordre l’architecture des lieux.

Est-ce une pièce où l’on rit quand même un peu ?

La seule comédie que j’ai fait, c’était autour d’un enterrement. Il ne faut pas forcer la nature. Je ne sais pas faire. Sourire, oui, mais pas rire. Dans cette pièce, parfois le spectateur est très attentif, parfois il rit très fort. Mais il y a une gravité. Il n’est pas question que le rire prenne le dessus.

Est-ce que vous souffrez des baisses de budget pour la culture?

Je n’en souffre pas, mais je vois autour de moi que d’autres en souffrent. Il y a une catégorie d’artistes qui sont mis en péril. Je ne fais pas partie des gens qui attendent les subventions pour travailler. Si je n’ai pas d’argent, je continuerai avec rien.

En 2007, vous avez signé un texte avec 150 autres intellectuels pour appeler à voter pour Ségolène Royal. La soutiendrez-vous pour les primaires du parti socialiste? Voire pour 2012, le cas échéant?

Ce qui m’arrangerait serait qu’il n’y ait pas encore XXX candidats de gauche ? Vous avez vu en 2002 ce que ça a donné. Sinon, j’attends de voir la liste complète des candidats pour me prononcer.

Marion Valière Loudiyi